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Prix Hadiatou Sow : Sériane Théa lauréate de la catégorie presse en ligne sur la mal nutrition

Sous l’eoil critique et soutenu d’un comité de Jury, composé de journalistes confirmés, SERIANE THEA(photo), journaliste reporter chez le www.kaloumpresse.com vient d’être lauréate du Prix Hadiatou SOW au compte de sa quatrième édition à Conakry. Initié par  l’Alliance Femmes et Médias, ce Prix est institué dans le souci d’exprimer dans l’espace médiatique guinéen, le talent de la femme journaliste. C’était ce mercredi, 05 octobre 2016

Pour vous chers lecteurs, nous proposons le texte qui fait de notre consœur, gagnante de ce  fameux prix parmi tant d’autres postulantes. Parcourez !

theala lauréate SERAINE THEA

 Guinée: bousculer les habitudes alimentaires pour une nutrition saine et équilibrée

Au centre de nutrition du CHU de Donka, Mariame Bah, fillette âgée d’un an, est hospitalisée depuis plus d’un mois. Elle a été admise dans ce centre suite une forte diarrhée et de vomissements. Sa mère qui venait de faire le tour de nombreux centres de traitement modernes et traditionnels, y a finalement été référée grâce au centre de santé Saint Gabriel de Matoto, où l’enfant a été diagnostiquée comme souffrant de malnutrition.

« Depuis notre arrivée ici à Donka, les médecins font de leur mieux. Mon enfant reçoit chaque matin des injections et des sirops », explique-t-elle.

Dans le même centre, Salématou Sow, une autre fillette d’à peine 11 mois souffre d’une malformation depuis sa naissance. Les médecins ont là aussi établi la malnutrition comme la cause principale de son mal.

Sa mère reconnait une certaine amélioration de son état depuis leur arrivée dans ce centre de nutrition. Une amélioration due à la prise en charge gratuite dont bénéficie sa fillette, mais aussi  la reprise de l’allaitement qu’elle avait stoppé à un moment. « Ma fillette ne mangeait pas mais depuis notre arrivée ici à Donka, je l’allaite normalement », se réjouit-elle.

Un problème de santé publique

La malnutrition chronique est un phénomène très répandu en Guinée.

Selon l’enquête nationale nutritionnelle basée sur la méthodologie SMART (Standardized Monitoring Assessment For Relief And Transition), réalisée en juillet 2015,  la prévalence au niveau national de la malnutrition aiguë globale chez les enfants de 6 à 59 mois est de 8%.

La même enquête révèle que cette malnutrition aiguë touche plus les enfants du milieu rural que ceux du milieu urbain. En outre, elle indique que  les enfants de moins de 2 ans sont les plus.

Le même résultat souligne que la prévalence de la malnutrition chronique au niveau national se situe à 25,9%.

Par région, N’Zérékoré enregistre 31.6% de taux de prévalence, soit le plus élevé, alors que le taux le plus bas a été enregistré à Conakry (près de 15%). Kouroussa reste de loin la préfecture où la plus forte prévalence a été notée avec 33,7%, selon le même rapport.

Signe que la malnutrition aigüe constitue un véritable problème de santé publique en Guinée, les spécialistes font état d’au moins 7 enfants sur 10 qui souffrent d’anémie, et  6 femmes enceintes sur 10  qui souffriraient du même mal.

  Un problème dû à l’alimentation

banane

Il ressort de nos investigations que le taux de prévalence très élevé d’enfant malnutri est dû à une alimentation pauvre et déséquilibrée. Même s’il est difficile pour l’instant pour les spécialistes de pointer du doigt les aliments consommés par chaque groupe ethnique à travers le pays à l’origine de cette situation désastreuse.

« Nous sommes en train de voir  de faire des études pour savoir un peu pourquoi cela. Mais il faut savoir quand même que la malnutrition chronique est une malnutrition inter générationnelle. C’est-à-dire que c’est une femme qui est mal nourrie qui donne naissance à un bébé mal nourris », explique le Chef de Division Nutrition du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique,  le Dr Mamady Daffé.

En attendant, au centre de nutrition de Donka où la prise en charge est faite gratuitement, le Dr Malick Touré, médecin interne, accuse l’ignorance des parents en premier lieux. 

Selon ce médecin, une nutrition saine commence depuis la grossesse et non après l’accouchement comme certains parents le pensent.  « Une femme qui tombe enceinte doit doubler son alimentation. Mais ici, elles ne le savent pas. Elle ne respectent pas aussi les exigences de l’allaitement », déplore le Dr Touré.

L’autre cause décelée est que dans la plupart des cas, les mères offrent d’autres aliments, payé à même dans les marchés, à leurs enfants avant la fin de la durée de l’allaitement maternel qui est de six mois. Une situation qui entraine parfois des perturbations voire des diarrhées chez chez les nouveau-nés.

Taux de mortalité élevé

Le taux de prévalence des enfants malnutris est élevé en Guinée. De même, les conséquences liées à ce triste réalité sont aussi énormes.

Selon le Chef de Division Nutrition du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Mamady Daffé, plus de 25% des enfants de moins de 5 ans souffrent de carence en vitamine A.

« Cette carence en vitamine A, comme les autres carences, peuvent aboutir non seulement à la déficience intellectuelle, mais elles peuvent aussi entrainer  des  fausses couches chez les femmes,  les mort-nés ou causer l’infertilité chez la femme », explique le Dr Daffé.

A ce propos, le rapport alarmant de l’enquête SMART réalisée en 2015 et qui a touché 8248 ménagessouligne que le taux de mortalité global est de 0,96 décès par jour pour 10 000 personnes. Et que par région, Nzérékoré arrive en tête avec 2,25 et Kindia 1,78 décès par jour pour 10 000 personnes.

« En ce qui concerne le décès des enfants de moins de 5 ans, le taux par jour pour 10 000 enfants est de 0,58. Le taux le plus élevé a été observé dans la région de Kindia avec 1,87 décès par jour sur 10 000 enfants », révèle le document consulté au cours de notre enquête.

« Nous sommes dans ce contexte qui est très alarmant. C’est pourquoi nous asseyons de mettre en place un programme pour lutter contre le micronutriment et la  malnutrition », ajoute le Dr Mamady Daffé.

Sensibilisations

Les spécialistes, à l’image du Dr Daffé sont unanimes que beaucoup d’aliments ne sont pour l’instant interdits dans le cadre de la lutte contre la malnutrition. Toutefois, ce médecin déconseille certaines pratiques qui sont monnaie courante dans les communautés guinéennes.

« Il faut éviter les aliments épissés. Il faut que l’alimentation soit vraiment riche. C’est le conseil qu’on peut donner et c’est pourquoi  nous avons fait une boite à images qui donne des conseils à nos  mamans, a la population, jusqu’au niveau communautaire  pour leur montrer comment  on peut nourrir un enfant », indique-t-il.

Même analyse chez Dr Malick Touré, médecin interne au centre de nutrition de Donka. Il estime que la sensibilisation est le plus efficace des remèdes pour inverser la tendance. « Nous rappelons chaque fois à nos maman que les enfants doivent être allaités exclusivement de lait maternel jusqu’à 6 mois et qu’après, elles peuvent donner d’autres aliments aux enfants ». 

Le défi pour le bien être des femmes et une nutrition saine pour les enfants passe nécessairement, selon Amadou Sadio Diallo, par une alimentation « équilibrée et structurée ».

Ce chercheur qui dispose d’un Master en nutrition résume le type d’alimentation idéal par la formule :  »Entrée (crudités) + plat (viande ou poisson et légumes ou féculents) + desserts (laitage ou fruit) ».

Pour M. Diallo, il est indispensable de varier au maximum les aliments. Laquelle diversification doit accorder une place de choix aux fruits et aux légumes. « Même chez l’enfant l’objectif idéal à atteindre est de 5 portions de fruits et légumes par jour », explique le chercheur.

Pour une alimentation normale et équilibrée, ce spécialiste recommande aussi une journée autour de 3 repas, en famille idéalement, à table (et non devant la télé) et dans la bonne humeur. Et un goûter, le tout pris à heures régulières.

« Le petit-déjeuner est un repas très important. Il doit être consistant et équilibré avec de préférence : lait + jus de fruits + pain beurre confiture. Comme pour le goûter, évitez biscuits et gâteaux trop gras et trop sucrés. Revenez aux bonnes tartines de pain beurre confiture. Et n’oubliez pas que le goûter aussi s’équilibre : un produit laitier, un fruit ou une compote et un morceau de pain avec une barre de chocolat », préconise-t-il.

Par Sériane Théa

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compilation-Daouda Taban